J’ai appris. Appris à prendre de la distance, appris à lâcher prise, appris à définir mes priorités, appris à apprendre autrement, appris à profiter de l’instant présent… Tout cela, dit comme cela semble très « bateau » mais c’est tellement vrai. Et tout ça je ne l’avais pas réalisé avant ces presque quatre derniers mois.

Ces années à vider mon sac à ma psy, à me triturer l’esprit auront été très enrichissantes et m'ont rendue très solide.

Cet appel à mon mari le 29 décembre me hante, toutes les nuits ou presque. Je l’entends encore, je m’entends encore hurler son prénom pour le faire réagir. Tout s’est passé très vite. Ces quatres mois se sont passés à la fois très vite, comme dans un tourbillon, et à la fois très lentement, j’ai l’impression que cela fait une éternité…

Entre les allers-retours au premier hôpital, puis au second, la vie à la maison qui continue, les appels, les sms, les mails de la famille, des amis, des connaissances, les rendez-vous médicaux qu’il faut planifier, déplacer, avancer, les thérapies « à côté » pour lui proposer d’autres choses, ses refus, les réunions famille à l’hôpital de jour, les moments où tu te prends des sales nouvelles dans « la gueule » et qu’il faut continuer à avancer parce qu’à la maison tes deux filles n’ont pas demandé à être balancées dans la vraie vie, comme ça, aussi jeunes, les heures d’attente pour les IRM, les compte-rendus, les consultations, le dimanche de Pâques aux urgences pour mon papa tombé dans la cave, le mercredi qui suit encore une nuit aux urgences pour Lui parce que les symptômes étaient inquiétants (mais heureusement ce n’était qu’un virus, encore un…), mais aussi les rendez-vous pédiatre, orthodontiste, dentiste, chirugien dentiste, psy, école, classe verte, collège, correspondants allemands, rien ne s’arrête, tout continue, et finalement tant mieux, pour ne pas tomber ou sombrer, pour toujours garder la tête hors de l’eau, même si je suis vidée, rincée, épuisée, même si j’ai besoin de reprendre mon souffle, de me reposer, je crois que je ne me suis pas sentie aussi vivante depuis longtemps…

La seconde chose que j’ai ressentie quand j’ai compris ce qu’il Lui arrivait (la première fut la PEUR), j’avais physiquement l’impression d’être gonflée à bloc au niveau de la cage thoracique, prête à ma battre tout en étant en équilibre sur le pic d’une montagne qui s’était décroché du reste et qui planait dans les nuages. Je me revois encore. C’était très bizarre…

Cette deuxième semaine des vacances de Pâques est la première semaine depuis fin décembre où je pense un peu à autre chose qu’à CA. Il est reparti à la maison pour reprendre sa rééducation, je suis avec mes puces dans mon paradis. Et pour la première fois depuis longtemps, il y a un peu d’insouciance. Hier nous sommes parties toutes les quatre (avec ma maman), dévaliser les magasins Action (lieu de perdition pour maîtresses…) et Cultura avant de nous octroyer au pied levé une séance ciné (Larguée, très bon film). On a dîné de glace et pop corn. C’était tellement bon. Et en rentrant sur la route, avec le soleil qui se couchait, la musique dans la voiture, on chantait avec Melle L et j’étais bien, je me sentais tellement bien, forte, prête à vaincre les prochains mois…