"François Hollande et Vincent Peillon n'ont pas écouté les enseignants"

Par , publié le 24/10/2012 à 18:38, mis à jour à 20:46

"Les instits seront les dindons de la farce", assure notre blogueurL'instit'humeurs dans un post publié samedi. Critiques, inquiets, désabusés... des dizaines d'enseignants lui ont répondu dans les commentaires. Témoignages. 

EDUCATION - "Encore une réforme cache-misère, on pouvait vraiment espérer mieux de la part d'un gouvernement de gauche, soupire Eric. Quelle déception..."

REUTERS/Eric Gaillard

Après les "pigeons", certains enseignants commencent à se demander s'ils ne seront pas les "dindons" du gouvernement. Le blog de L'Express L'Instit'humeurs a soulevé le malaise dans un post de blog critique sur les réformes en cours, samedi. Depuis, des dizaines professeurs des écoles ont réagi dans les commentaires, détaillant ce qu'ils apprécient (un peu) et surtout ce qu'ils craignent avec le plan proposé par Vincent Peillon. Morceaux choisis. 

1. Les rythmes scolaires

La semaine de quatre jours sera enterrée avec l'ajout d'une demi-journée de classe le mercredi matin. Un choix qui laisse Klaricperplexe: "Parmi mes collègues, la grande majorité est contre la demi-journée de cours en plus. Il faut surtout alléger les programmes." Pire, "dans la version proposée par le gouvernement, nous n'avons plus que 23h de classe contre 24 auparavant, relève Pfffffffff. C'est donc moins qu'avant, mais en venant plus souvent, c'est un comble! 

C'est la course permanente 

"On ne doit pas avoir les mêmes collègues, s'amuse L'instit'humeurs, favorable à l'idée mais sceptique quant à la proposition de Vincent Peillon. Le problème, ce que l'on n'arrive pas à faire tout le programme en 23 ou 24h par semaine. Il reste la possibilité de l'alléger, mais en enlevant quoi?"  

Nombre de commentaires partagent son ressenti. "Depuis qu'il nous manque une demi-journée, et bien... il nous manque une demi-journée!, s'agace Elsa. Avec ces fichus programmes complètement aberrants, c'est la course permanente et le sentiment chaque fin d'année de n'avoir pas eu le temps de tout faire et d'être mauvais. 

Le choix du mercredi matin en lui-même est contesté. "Nous n'avons jamais été consultés, souffle Eric. Si on doit faire 5 jours de classe par semaine, beaucoup d'entre nous choisiraient le samedi matin et pas le mercredi." Un créneau plus pratique pour les enseignants? "Je regrette l'école le samedi matin, témoigneAdeline. C'était le moment propice aux projets de classes ou aux travaux laissés en suspens les jours précédents. Il permettait de travailler à un rythme plus souple dans la semaine." 

2. Les devoirs

La classe ne se terminera plus à 16h30 mais à 15h30, mais "aucun enfant ne sera dehors avant 16h30 au minimum", assure Vincent Peillon. Le dispositif prévoit une demi-heure d'aide aux devoirs assurée par l'enseignant, les trente minutes restantes étant prises en charge par les collectivités territoriales. 

Que diront les parents? 

Problème: les enfants devront alors quitter l'école sans travail supplémentaire à faire à la maison. "J'ai une classe de CP, leurs devoirs du soir consistent à relire le texte de là journée, raconte. Pierre Comment peut-on y arriver en 30 minutes seulement?" Avec insistance, nombre de profs détaillent leur réalité. "Comment faire lire 25 CP en une demi-heure?, soupire Ludovic. Comment interroger 25 CM2 pour préparer l'évaluation d'histoire en aussi peu de temps?" 

Un constat qui inquiète Florinella: "Les élèves repartiront donc chez eux sans avoir terminé leurs devoirs, prédit-elle. Que diront les parents? Ca fait des années que j'essaie de les impliquer dans le travail de leurs enfants et là on nous demande de faire l'inverse. Je trouve cela déplorable." 

3. Les conditions de travail

Alors que François Hollande promet une "refondation" de l'école et que le PS a la réputation d'être "l'ami des enseignants", nombre de professeurs semblent désabusés. Le gouvernement joue-t-il contre le corps enseignant? 

C'est ce qu'affirme Eric: "Encore une réforme cache-misère, on pouvait vraiment espérer mieux de la part d'un gouvernement de gauche. Quelle déception... Le problème n'est pas de changer, mais de changer dans le bon sens et pas n'importe comment. Or, ceux qui font les réformes n'écoutent jamais les professionnels que nous sommes. Il semble que chaque ministre de l'éducation soit toujours pire que le précédent, et comme dirait Coluche, parfois on a même l'impression que le suivant prend de l'avance." Piquant. 

Les réformes à venir amèneront une surcharge de travail pour les enseignant, analyse Mavisou. "Mais je ne peux pas faire beaucoup plus!, déplore-t-il. Travailler pendant les vacances? Je le fais déjà! Le salaire honnêtement, ce n'est pas une priorité. Ce que je veux c'est travailler sans avoir l'impression de bâcler les choses." 

Je suis heureuse d'aller à l'école chaque matin mais combien de temps encore? 

Au fil des échanges, plusieurs internautes se montrent dubitatifs face au mal être enseignant. SF se dit "choquée": "Je fais partie de ces enseignants qui ont travaillé dans le privé avant d'entrer dans le métier. J'ai Bac +5, j'étais cadre à Paris et je ne comptais pas mes heures. Et bien vous savez quoi? Depuis que je suis institutrice je travaille encore plus! J'enseigne par vocation et j'adore mon métier. Pas pour le plaisir d'être traînée dans la boue à longueur d'année par des personnes qui ne connaissent de nous que les clichés, mais pour l'étincelle dans les yeux de nos élèves quand ils ont compris une notion qui jusque là leur échappait. Je suis heureuse d'aller à l'école chaque matin mais combien de temps encore?" 

Tom Trac est l'un des rares à nuancer ce malaise: "Comment le dire, sans déchaîner les foudres de mes pairs: vous considérez-vous réellement comme précaires? Oui la situation est dure, oui il faut consentir des efforts. Mais c'est le lot de tous les actifs de ce pays. C'est inepte, c'est écoeurant, mais l'école de Condorcet n'existe pas." Un constat tout aussi pessimiste que les autres. "

Sourec L'Express.fr